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Le blog d'un quidam

12 novembre 2009

Playlist

"Tu vas me trouver un peu morbide, peut-être, mais je veux que tu prennes note : je voudrais telle chanson et telle autre pour ma cérémonie de funérailles".
Dit comme ça, au début d'un repas de midi que nous prenions exceptionnellement juste à deux, c'est vrai que c'est une phrase surprenante. Et elle ne plaisantait pas. Faut dire que l'enterrement de sa collègue date  seulement d'il y a deux jours. Pensées funèbres.
Comme si c'était pour demain. Comme si elle était sure de partir avant moi. Drôle d'impression.
Enfin bon, j'avais deviné pour une des deux chansons. Et l'autre ne m'a pas surpris non plus. C'est déjà ça.

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07 novembre 2009

La vie continue...

C'était il y a presque trois ans, et je te revois, entre ma femme et moi, menue mais pleine d'énergie, souriante quand même, encore sous le coup du divorce et du Crabe qui était arrivé dans la foulée. Tu portais un foulard sur la tête, tu cachais les stigmates. Cette visite de l'expo Tintin à Beaubourg, ce n'était qu'un prétexte pour une escapade à Paris, un rayon de soleil. Tu avais laissé tes deux filles à ta famille, et tu respirais la liberté, tes yeux pétillaient. Je vous avais laissées, ma femme et toi, dans les allées des Tuileries, en ce samedi de février étonnamment doux pour la saison, en train de bavarder paisiblement sous le Soleil, pour visiter une librairie de ma connaissance. Et nous étions retournés à pied à la Gare, le long de ce long boulevard, fatigués mais heureux, toi portant ta maladie et ma femme notre fils. Je ne te connaissais pas mais je revois tes yeux brillants, ton regard un peu mélancolique quand tu levais le nez de ton bouquin dans le train.
Il y a six mois, tu as voulu partir pour un dernier voyage au soleil avec tes deux filles. Mais le Crabe ne te l'a pas permis. On savait que tu partirais. Tu as pris ton temps. Et c'est maintenant, à l'heure où les feuilles tombent, où les arbres se dénudent, où les jours raccourcissent, c'est maintenant, en cette funèbre saison, que tu ne souffres plus.
Nous si, même si moi je le cache bien.

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05 novembre 2009

A demain

Alors que, sur le carrelage abandonnés, peluches et jouets délaissés, qui l'eût cru déploraient la fin de l'été; alors que le désordre indescriptible de la pièce, qui naguère me semblait menaçant, était maintenant possédé par une paisible langueur; alors que, assis dans le canapé, je fermais les yeux, écoutant l'averse qui tapotait et clapotait, qui tambourinait et galopait sur le toit en plastique de la véranda; alors que le livre entre mes mains s'acheminait tranquillement vers sa fin; il a fallu que je me lève, que je mette mon manteau et que je sorte, agrippé fripé à mon parapluie flapi.
A demain, petits instants divins.

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29 octobre 2009

Sensations éphémères ?

En ces moments où tout va bien dans ma vie, ce qui explique sans doute la fréquence ralentie de parution de notes sur ce blog, j'ai des envies sensuelles, voluptueuses, que je ne parviens pas complètement à assouvir. Ce n'est pourtant pas le printemps ! Peut-être que c'est lié à cette sensation de satisfaction, de maturité, qu'un certain nombre de personnes dont je tiens l'avis en grande estime m'a fait pointer du doigt.
Alors je vais prendre chaque moment l'un après l'autre et profiter de tout ça, tout en restant ouvert à tout et en slalomant entre les écueils. Qui sait ce qui m'arrivera encore ?

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16 octobre 2009

A petites foulées

Ce soir j'ai les jambes lourdes mais je suis heureux. Aujourd'hui j'ai fait une chose impensable. J'ai couru. Enfin je veux dire, j'ai fait du jogging, oui, rien que de l'écrire me stupéfie.
Déjà acheter des "chaussures de running" a été un grand pas. Je ne pouvais plus reculer après ça. Et ce soir, malgré l'heure tardive, malgré la fraîcheur et la pluie, j'étais là, tremblotant dans un survêtement (oui, ça aussi c'est pareil, moi dans un survêtement, terrible ! Je n'en avais plus porté depuis mon service militaire...).
Et nous avons fait un petit tour, dix minutes tranquilles, et même si j'étais un peu essoufflé, je ne me sentais pas fatigué. C'était donc si simple.
Bon évidemment je suis courbatu, demain ça va être fun de se traîner comme un vieillard. Mais franchement, je me sens bien dans ma tête.
Moi qui d'habitude n'ose pas, qui ai peur de tout, voilà que je m'enhardis, que je tente des choses inconcevables. Que je mets en vitrine de nouveaux imports.
C'est chouette d'avancer comme ça, un pas après l'autre.
A petites foulées.

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09 octobre 2009

Fin de semaine

Ce soir j'ai un peu le blues. Tandis que l'averse tambourine sur le toit de la véranda, j'essaie désespérément de discerner comment la semaine a bien pu passer aussi vite. Quelques grains supplémentaires sont tombés de l'autre côté du sablier...

Ce qui me met le bourdon, aussi, c'est cette réunion bimensuelle, au bureau, terminée par un pot. Tout va bien dans la boîte, c'est génial, de quoi je me plains ? Sauf que cette année je n'ai contribué à rien, occupé à faire mon bilan. J'ai l'impression qu'on me fait bien sentir que je suis un privilégié et que, pendant que tout le monde "sent la pression sur ses épaules", moi je me suis permis de lever le pied, de rejeter toute responsabilité, et de critiquer à tout va. A vrai dire, je n'ai plus envie de m'investir, de griller ma santé, de galoper comme un satané cobaye dans sa roue, tandis que la boîte continue de se traîner les mêmes problèmes d'organisation qui foutent tout le monde en rogne.
Encore heureux qu'il y a des sourires de certains, des mots gentils, des conversations légères, du baume au coeur quand même. Je peux au moins compter sur ça.
Alors voilà, ça va être dur à tenir, mais j'ai décidé d'égaliser mes horaires qui ont tendance à partir en vrille, de me reconcentrer, de faire au mieux ce travail que je dois simplement réduire à un boulot alimentaire, pour juste enlever toute passion dans mes relations avec certains collègues, pour ne plus rien avoir à cirer de leurs allusions, de leur mépris à peine déguisé et de leurs sourires en coin.
Voilà, ça devait sortir, tout ce fatras, parce que c'était en train de pourrir à l'intérieur.

Et aujourd'hui je n'ai pas le droit de déprimer. Je devrais être super heureux. Ma mère vient de gagner une grande bataille contre le Crabe. C'est ça le plus important.

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05 octobre 2009

Des envies d'ailleurs

Après ce premier affreux week-end d'automne, quinze degrés et un ciel tout gris, avec des feuilles rousses qui virevoltent dans l'air avant de s'écraser lamentablement sur le bitume, me viennent des envies d'ailleurs, de douceur océane, de vent tempétueux, de mer étale. Là-bas, quelque-part entre Brest et La Rochelle, n'y aurait-il pas un petit coin pour mes bagages et moi ?
Je peux toujours rêver à des phares dans l'écume, à des oiseaux criaillant, à des horizons à portée de main...
Aujourd'hui il n'y aura probablement ni envie ni ailleurs.

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29 septembre 2009

Se vider

Je rentre de ma première séance d'atelier d'écriture.
Quel bonheur, simplement, d'avoir du temps pour écrire, de ne faire que ça, et de se sentir vidé, apaisé après avoir terminé son oeuvre.
Alors bien sûr, il y a la fierté de voir son texte apprécié et discuté, il y a l'admiration devant ce que certains autres peuvent écrire, et il y a tout ce chemin qui reste à parcourir et qu'on mesure à l'aune des textes des autres. Mais il y a aussi tout le chemin parcouru pour en arriver là.
Et le plaisir d'en garder encore un peu sous le coude pour ces quelques lignes ici.

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23 septembre 2009

Physique appliqué

Vendredi je suis allé à la médecine du travail pour ma visite annuelle de tous les deux ans. J'ai la chance d'avoir un médecin sympathique et goguenard sans être méchant. Après lui avoir raconté mes déboires psychologiques récents, et au moment où je me m'apprêtais à aller me rhabiller, ne voilà-t-il pas qu'il prononce la phrase suivante : "Vous avez quand même une sacrée bedaine !", en me regardant d'un air sincèrement attristé.
Bon alors, mettons les choses au point : je ne suis pas en surpoids, mais je n'ai jamais fait de sport de ma vie, je déteste ça. Je ne me prive de rien mais je ne fais pas d'excès. Et en vieillisssant, malheureusement, l'apanage des garçons se matérialise dans la fameuse "brioche" ou "poignées d'amour" ou n'importe quel autre terme affectueux qu'on puisse lui donner. Foncièrement disgracieux, bien sûr. Malgré tout, ça ne me gêne juste qu'un peu, parce que je n'ai jamais fait trop attention à mon physique (ni à ma façon de m'habiller).
Mais bon. Une phrase pareille touche la cible en plein milieu, bien sûr, et si l'on ajoute les remarques qui fleurissent deci-delà à ce propos, je crois que le moment de faire un effort est arrivé.
Me voilà donc à envisager l'impensable, à imaginer l'impossible : m'acheter des chaussures pour courir. (Oui parce que la piscine reste encore dans le domaine de la science-fiction)
Et si j'arrive à mener à bien ce projet, si j'arrive ne serait-ce qu'à me décider à le faire, j'aurais vaincu une sorte de démon intérieur, et je serais capable de faire n'importe quoi.
C'est beau, les projets.

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22 septembre 2009

*Personne* ne me traite de mauviette !

Il y a des phrases comme des formules magiques, des maléfices, qui abolissent notre jugeote, qui gauchissent notre volonté et nous transforment en berserk assoiffé de sang. Quand on entend une de ces phrases, finies les bonnes résolutions, le calme qu'on imprime à soi-même, la maîtrise de soi. On voit rouge, et les répliques fusent, le ton monte, l'agressivité s'en mêle. Et évidemment, comme l'adversaire reste stoïque, attendant patiemment la fin de l'orage, on finit par se sentir faible, dégoûté, rempli de mépris pour soi-même. Et plein d'une fureur rentrée qui a la couleur de la haine. Parce que l'autre a la clé pour vous faire perdre vos moyens, pour ruiner tous vos efforts de self-control.
C'est humain peut-être.

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